Monique Pilkington, Emma Van Dyk et Sherri Helsdingen se tiennent côte à côte au bord du lac Joe, vêtues de t-shirts jaunes « Lake Joe », les bras autour les unes des autres. Elles sourient à la caméra et lèvent le pouce.

37 ans d’engagement : un entretien avec Monique Pilkington

Contenu principal

Après une carrière extraordinaire de 37 ans au sein d’INCA, dont une décennie à la tête du Camp Lake Joe d’INCA, Monique Pilkington se prépare à prendre une retraite bien méritée. Tout au long de sa carrière, elle a contribué à façonner des programmes, à nouer des partenariats d’ , à encadrer de futurs dirigeants et à créer des opportunités qui changent la vie des personnes aveugles, sourdes-aveugles ou ayant une basse vision. 

Nous avons discuté avec Monique des moments qui ont marqué son parcours à INCA, des leçons qu’elle a tirées au fil des années et de cette communauté qu’elle considérera toujours comme son foyer.

Q : Lorsque vous avez accepté un contrat d’un an pour rejoindre INCA en 1989, auriez-vous imaginé que vous seriez toujours là 37 ans plus tard ?

Monique : Pas une seule seconde ! Lorsque j’ai rejoint l’INCA en tant que coordinatrice des services bénévoles de district avec un contrat d’un an, je considérais cela comme un tremplin important dans ma carrière et une occasion d’acquérir de l’expérience au sein d’une organisation respectée. Très vite, les gens et le travail sont devenus ma passion, et j’ai su que je voulais rester à l’INCA.

Q : Quels défis avez-vous rencontrés lors de vos premiers postes à responsabilité ? 

Monique : À mi-parcours de ma deuxième année en tant que gestionnaire de l’unité mobile de soins ophtalmologiques (aujourd’hui appelée « Eye Van »), j’ai dû faire face à l’un des plus grands défis de ma carrière lorsqu’un incendie a détruit le camion, la remorque et tout leur contenu. Heureusement, personne n’a été blessé, mais je me souviens avoir eu l’impression de vivre un deuil familial. 

Nous avons reçu un élan de soutien sans précédent, et la communauté a réclamé la poursuite de ce service essentiel. Nous n’avions d’autre choix que de remettre l’Eye Van en service. Nous y sommes parvenus grâce à une équipe dévouée composée de membres du personnel, de bénévoles, de sympathisants et de partenaires, ne perdant que 12,5 jours de consultation tout en continuant à prendre en charge plus de 3 000 patients cette année-là.

Q : Comment cette expérience vous a-t-elle permis d’accéder à des postes de direction plus importants au sein d’INCA ?

Monique : Cette expérience, associée à un travail continu visant à élargir l’accès des patients, à intégrer l’éducation sur le diabète, à améliorer la prestation des services et à renforcer les partenariats avec les communautés autochtones du nord de l’Ontario, m’a ouvert la voie vers des opportunités de leadership plus importantes au sein d’INCA.

Au fil des ans, j’ai mené à bien plusieurs projets et fait partie de l’équipe de direction d’INCA. J’ai eu l’honneur de célébrer des étapes importantes, notamment le 100e anniversaire d’INCA, le transfert du programme Eye Van à Réadaptation en déficience visuelle Canada, le lancement du pôle de Sudbury et de la Fondation INCA dans le nord de l’Ontario, ainsi que la création de l’Académie d’apprentissage d’INCA.

Q : Qu’est-ce qui a fait du Camp Lake Joe d’INCA une partie si importante de votre carrière 

Monique : Bien que chaque étape de ma carrière ait été incroyablement enrichissante, ces dix dernières années en tant que Directeur général - Directrice générale du Camp Lake Joe d’INCA ont été les plus significatives et les plus épanouissantes.

Il y a quelque chose de vraiment spécial à Lake Joe. Aux côtés d’une équipe incroyable composée de collaborateurs et de bénévoles, je me suis attachée à mettre en place des programmes, des partenariats, des infrastructures et des parcours de leadership qui dépassent le cadre d’une simple fonction. Ce qui a rendu ce travail si significatif, c’est d’en constater l’impact durable : des communautés plus solides, un accès élargi aux services, et des personnes qui acquièrent la confiance, les compétences et les opportunités nécessaires pour diriger, défendre leurs droits et s’épanouir.

L’un des héritages marquants de mon mandat est la transformation en cours du Camp Lake Joe d’INCA en un site accessible toute l’année, grâce à d’importants travaux d’aménagement et à des investissements majeurs. Grâce au soutien des donateurs et à un investissement de 3 millions de dollars du ministère des Sports de l’Ontario, le site passe d’un fonctionnement saisonnier à une destination ouverte toute l’année dédiée aux loisirs, à l’apprentissage, au développement du leadership et à l’engagement communautaire. Je suis fière que ce travail permette d’accroître considérablement la diversité des programmes et l’accès à ceux-ci pour les futures générations de personnes aveugles, sourdes-aveugles ou ayant une basse vision.

Q : Quelle histoire d’un participant ou d’un bénévole vous a le plus marquée au fil des ans ?

Monique : Il y en a tellement qu’il est difficile d’en choisir une seule. Lors d’une « semaine de vacances » organisée en 2021 au Camp Lake Joe d’INCA, j’ai fait la connaissance de deux jeunes garçons, Ollie et Mason, qui se sont rencontrés pour la première fois au camp. Ils sont rapidement devenus de bons amis, essayant ensemble de nouvelles activités et s’encourageant mutuellement à sortir de leur zone de confort. Ils avaient notamment en commun d’être tous deux bénéficiaires d’un « chien compagnon » d’INCA. Leur amitié et le lien qui les unissait ont suscité des discussions qui ont finalement conduit au lancement, l’année suivante, de notre programme pilote de camp « chien compagnon » d’INCA.

L’une des participantes était une jeune fille présentant des besoins de santé complexes qui a participé au camp « Chien compagnon » avec sa famille après des mois d’isolement pendant la pandémie. Lors du spectacle de talents, son père l’a soulevée de son fauteuil roulant et, ses pieds posés sur les siens, ils ont dansé et chanté sur « Who Let the Dogs Out ». Alors qu’ils encourageaient tout le monde à participer, la salle s’est remplie de joie pure, de courage, d’un sentiment d’appartenance et de complicité. Ce fut un moment magique que je n’oublierai jamais.

Q : Qu’est-ce qui vous inspire le plus dans le fait de faire partie de la communauté de Lake Joe ?

Monique : C’est l’avenir prometteur de nos jeunes. Les jeunes participants arrivent souvent à Lake Joe en manquant de confiance en eux, ou sans avoir jamais rencontré d’autre personne en situation de perte de vision, et ils gagnent en assurance à mesure qu’ils explorent les lieux et tissent des liens les uns avec les autres. Ce qui m’inspire le plus, c’est de voir bon nombre d’entre eux revenir des années plus tard en tant qu’intervenants psychosociaux en formation, membres du personnel et responsables. Ce parcours, de participant à intervenant psychosocial, est ce qui définit Lake Joe : un lieu où les gens se soutiennent mutuellement, où chacun a sa place et où tous sont encouragés à s’épanouir. 

Q : Vous avez encadré tant de personnes. Quel conseil en matière de leadership donneriez-vous ?

Monique : Le leadership ne consiste pas à avoir toutes les réponses. Je crois que les gens s’épanouissent lorsque l’apprentissage est valorisé davantage que le simple fait de savoir. Lorsque nous apprenons ensemble, nous aidons les autres à découvrir le leader qui sommeille en eux, et tout le monde y gagne. Cette approche crée un espace propice à l’acceptation du changement, à l’innovation et à l’expérimentation, même si cela implique de commettre des erreurs. Et malgré tout cela, je crois qu’il est essentiel de ne jamais transiger sur votre intégrité. C’est le fondement même du leadership.

Q : Décrivez Lake Joe en trois mots.

Monique : La communauté. La communauté. La communauté.

Q : Qu’est-ce qui vous manquera le plus ?

Monique : Les gens, sans aucun doute. Les conversations, les rires, les défis que nous avons relevés ensemble et le fait de voir l’impact positif de notre travail sur la vie des participants me manqueront. Le Camp Lake Joe d’INCA est bien plus qu’un simple lieu de travail ; c’est une communauté accueillante et solidaire. En faire partie a été l’un des plus grands privilèges de ma carrière, et je me sens incroyablement chanceuse d’avoir travaillé aux côtés de mentors et de collègues inspirants, de bénévoles dévoués et de participants remarquables.

Q : Et pour finir… quelle est la prochaine étape ?

Monique : J’ai reçu d’excellents conseils de la part de collègues et d’amis au sujet de la retraite : éviter de trop planifier afin de pouvoir profiter pleinement de tout ce qui se présentera. J’ai hâte de passer plus de temps avec ma famille et mes amis, de profiter du grand air, de lire davantage et peut-être de voyager un peu. 

Je continuerai à soutenir mes collègues d'INCA, du RDVC et du SCS, et je suis pleinement convaincue que le sens du devoir et l’esprit d’innovation qui caractérisent notre équipe du Camp Lake Joe d’INCA continueront à s’épanouir et à susciter des changements transformateurs pendant de nombreuses années encore.