Par : Taylor Bauer
Par une froide matinée de février, j’ai commandé un Uber pour qu’il vienne me chercher à mon lieu de travail à Calgary et m’emmène à une réunion. Il s’agissait d’une demande de course tout à fait banale, une chose à laquelle la plupart des gens n’auraient jamais à réfléchir à deux fois.
Un chauffeur a accepté la course et est arrivé peu après. Je me tenais à l’endroit de prise en charge désigné, devant mon bureau, avec mon chien, Wallace, qui portait son harnais de chien-guide sur lequel était clairement inscrit « Chien-guide » à gros caractères, en anglais et en français.
Lorsque le chauffeur est arrivé, il s’est arrêté de l’autre côté de la rue au lieu de se garer là où je l’attendais. Il a baissé sa vitre et m’a immédiatement dit qu’il ne prendrait pas le chien. Je lui ai calmement expliqué que mon chien était mon chien-guide et que j’étais une personne aveugle. Il m’a répondu que je devais réserver un « Uber pour animaux de compagnie ». J’ai tenté à nouveau de défendre mes droits, en lui expliquant cette fois-ci à la fois la loi et la politique d’Uber concernant les animaux d’assistance. Il a refusé et est reparti.

Cela n’aurait tout simplement jamais dû se produire. En vertu de la loi provinciale, il est interdit de discriminer une personne en situation de handicap accompagnée d’un chien-guide. La discrimination comprend le refus d’accès à tout lieu ou service auquel le public a normalement accès, y compris les services de taxi et de transport à la demande.
J’ai activé la fonctionnalité d’auto-identification des animaux d’assistance d’Uber, qui informe les chauffeurs, lorsqu’ils acceptent la course, que je voyage avec un animal d’assistance. Cette notification précise également leur obligation légale d’accepter la course et fait référence à la politique d’Uber concernant les animaux d’assistance. Il n’aurait dû y avoir ni confusion, ni surprise, ni malentendu. Pourtant, on m’a encore refusé le service d’ , me laissant sur le trottoir, en retard pour mon rendez-vous, une fois de plus contrainte de justifier mon droit d’accéder aux transports.
Les chiens-guides ne sont pas des animaux de compagnie. Ce sont des aides à la mobilité, et refuser l’accès à une équipe de chien-guide n’est pas seulement un désagrément ; cela affecte directement ma capacité à me rendre au travail, à me rendre à mes rendez-vous et à participer pleinement à la vie de ma communauté. Le plus épuisant est sans doute la fréquence à laquelle cela se produit. Chaque fois, cela m’oblige à décider, une fois de plus, si j’ai l’énergie nécessaire pour informer, défendre mes droits et riposter.
Cette fois-ci, j’ai décidé de ne pas me laisser faire et j’ai appelé la ligne non urgente du service de police de Calgary pour déposer une plainte en vertu de la Loi sur les droits des personnes aveugles de l’Alberta, qui protège le droit des utilisateurs d’un chien-guide d’accéder aux services publics, y compris aux transports. J’ai été agréablement surpris par la façon dont s’est déroulé l’échange avec l’agent qui a pris ma déposition, l’agent Lissel. Bien qu’elle ne fût pas familière avec la législation à ce moment-là, l’agent Lissel m’a véritablement écouté. Elle a posé des questions pertinentes, a reconnu le problème et m’a dit qu’elle ferait ses recherches et se renseignerait sur la loi.
Deux jours plus tard, j’ai reçu un courriel de l’agent Lissel confirmant que le chauffeur Uber avait été interpellé et qu’une citation à comparaître lui avait été délivrée en vertu de la Loi sur les droits des personnes aveugles de l’Alberta.
Je ne connais pas encore l’issue finale, mais ce n’est pas là l’objet de mon récit. Ce qui importe, c’est que la loi ait été prise au sérieux, qu’on ait cru un utilisateur d’un chien-guide et qu’une agente de police ait pris le temps de s’informer, d’agir et d’utiliser les outils à sa disposition pour lutter contre la discrimination.
Trop souvent, des incidents comme celui-ci sont balayés d’un revers de main comme « faisant partie de la vie » ou ne méritant pas qu’on s’y attarde. Mais cette expérience m’a montré qu’il est possible d’agir, et que les forces de l’ordre peuvent jouer un rôle pour lutter contre les injustices et la discrimination répétées auxquelles sont confrontés les utilisateurs d'un chien-guide.
L’accessibilité ne se fait pas par hasard. Elle se concrétise lorsque les gens écoutent, apprennent et choisissent d’agir.
Si vous souhaitez en savoir plus sur vos droits en tant qu'utilisateur d'un chien-guide, rendez-vous sur inca.ca/fr/connaissezvosdroits.